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Commémoration du génocide arménien : le discours de Gérard DEZEMPTE

Le 24 avril 2019, le Maire de Charvieu-Chavagneux, Gérard Dézempte, a fait un discours à l’occasion de la commémoration du génocide arménien.

Commémoration du génocide arménien : le discours de Gérard DEZEMPTE

“Mon Père,
Messieurs les Présidents des associations cultuelles et culturelle arméniennes,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

C’est toujours avec une grande émotion, et une gravité toute aussi grande, que je me tiens à vos côtés, pour commémorer la tragédie du génocide arménien.

Il y a 104 ans, les Turcs massacraient les deux tiers de votre population. Les agressions du peuple arménien, le plus ancien des royaumes chrétiens, par les Turcs, et plus largement par les puissances islamiques, remontent à loin dans l’Histoire. Citons, entre autres :

-l’occupation de l’Arménie historique par les Turcs seldjoukides en 1064,
-l’invasion des Mameloukes en 1375,
-les massacres hamidiens à la fin du XIXe siècle (250 000 morts),
-le massacre des arméniens de Cilicie en 1909 (entre 20 000 et 30 000 morts),

-puis en 1915, la tragédie suprême, avec la déportation et l’extermination – méthodiquement calculée et organisée par le Ministère de l’Intérieur du gouvernement Jeune Turc – de plus d’un million et demi d’arméniens, hommes, femmes et enfants, sous l’ordre de Tallat Pacha, que les historiens ont surnommé le « Hitler turc ».

En 2015, le Pape François était reçu en Arménie par le Président Serge Sarkissian et le Patriarche suprême et Catholicos de tous les arméniens Karékine II. Devant le mémorial Tsitsernakaberd à Erevan, le chef de l’Eglise catholique a déclaré qu’il s’agissait du « premier génocide du XXe siècle ».

C’est pour commémorer ce tragique événement et pour honorer la mémoire de votre peuple qu’aujourd’hui, nous nous réunissons.

A Charvieu-Chavagneux, nous sommes à vos côtés depuis longtemps. En élevant, dès 1987, la première stèle de notre agglomération à la mémoire des victimes du génocide arménien, que sa sainteté Karékine II a élevé au rang de saints martyrs en 2015, au nom de l’Eglise Apostolique arménienne, et devant laquelle nous nous tenons aujourd’hui, la Municipalité a tenu à exprimer sa solidarité et son amitié envers votre Communauté.

Votre lutte pour la reconnaissance officielle du génocide et pour les réparations qui vous sont dues, sont des causes nobles et légitimes.

Régulièrement, les événements mondiaux ont montré la volonté de supprimer les minorités chrétiennes. Il ne faut surtout pas que l’histoire se répète. Et malheureusement, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour les chrétiens d’Orient, d’Irak, de Syrie et d’Egypte, qui connaissent aujourd’hui encore les persécutions islamiques sur leurs terres ancestrales, berceaux du christianisme. Pensons également aux martyrs du terrorisme islamique au Sri Lanka, qui a fait 359 morts et 500 blessés lors du weekend pascal.

Nous devons d’autant plus nous engager que la France a toujours été une Nation tournée vers l’Orient. Nous étions, avec Saint Louis, le royaume protecteur des chrétiens d’Orient. Les croisades nous ont permis de nouer un attachement quasi millénaire avec les Arméniens, que les Francs surnommaient « les européens d’Asie ». Comme un magnifique symbole de notre vieille amitié, le dernier des rois d’Arménie, Léon V de Lusignan, git côte à côte, dans la paix éternelle, avec les rois de France, dans la Cathédrale de Saint-Denis.

Nos liens sont donc très forts. Depuis 1915, la France est un refuge pour tous les Arméniens exilés. Comme vous le savez, un certain nombre d’entre eux, parmi eux, certains de vos parents et grands-parents, sont venus s’installer à Charvieu-Chavagneux. Je me félicite d’ailleurs à l’idée qu’aujourd’hui, la France accueille la 3ème communauté arménienne du monde. En définitive, vous êtes membres à part entière de notre histoire.

Aujourd’hui, je voudrais porter un message : la France doit renouer avec la foi de ses pères ; elle doit retrouver sa vocation de protectrice des minorités chrétiennes en Orient, plus que jamais aujourd’hui en ces temps de persécutions ; et redevenir cette nation universelle qui déploie les idéaux de justice et de paix.

Et pour cela, la France doit prendre exemple sur l’Arménie. Après les drames qu’elle a connus, l’Arménie a toujours su se rebâtir. Vos saints martyrs ont, comme l’a souligné le Catholicos 1er de Cilicie, « transfiguré » votre histoire et illuminé « les chemins enténébrés ». Votre capacité à renaître, et votre vitalité culturelle doivent être des exemples pour nous, Français, en ces temps de doute et de reniement.
J’ai découvert l’Arménie en 2015, et j’en suis revenu bouleversé ; tant par la beauté de ses paysages et de son architecture, que par la foi profonde du peuple qui l’habite. Cette foi est comme le rayon du Soleil qui permet à l’arbre de grandir et de verdoyer : elle donne vigueur à la nation arménienne, elle irrigue sa culture et fortifie son âme. Comme le rappelait la philosophe Simone Weil, l’arbre est avant tout enraciné dans le ciel, car “seule la lumière qui tombe continuellement du ciel fournit à un arbre l’énergie qui enfonce profondément dans la terre les puissantes racines”.

En 2019, les Arméniens ont achevé une reconstruction magnifique de la cathédrale de l’église apostolique arménienne d’Alep en Syrie, qui avait été ravagée par les bombardements de Daech. Tout comme vous avez su le faire avec vos édifices religieux, mais aussi plus généralement avec votre culture nationale, les Français doivent s’appuyer sur votre témoignage pour retrouver les forces spirituelles nécessaires à la reconstruction de leurs propres cathédrales : pour rebâtir Notre Dame de Paris en partie détruite par les flammes, tout d’abord ; mais aussi plus profondément pour réédifier leurs cathédrales intérieures : la fierté de leurs origines, la foi dans leur art de vivre et l’espérance dans les promesses de leur baptême.

Au passage, j’en profite pour remercier ces nombreux franco-arméniens qui ont déjà déclaré vouloir apporter leur soutien aux travaux de reconstruction de Notre Dame. Ce geste va droit à mon cœur de Français.

Pour conclure, je tiens à renouveler, à l’ensemble de la communauté arménienne de notre Ville, de notre Agglomération comme d’Auvergne Rhône-Alpes, mon amitié la plus fidèle et mon profond attachement à la cause arménienne.

Guétzé frantzane, guétzé ayastane. Vive nos deux pays !”

Gérard DEZEMPTE
Maire de Charvieu-Chavagneux
Président de la Communauté de communes Lyon Saint Exupéry en Dauphiné
Conseiller Départemental de l’Isère

Commémoration du génocide arménien : le discours de Gérard DEZEMPTE